Conception · · 6 min de lecture

Quand la maison est trop étroite, on regarde en l'air

4,11 m de large, 10,51 m de long. Sur le plan, une maison qui ressemble à un couloir. Mais quatre mètres sous la charpente, rangés hors de vue par un faux plafond — et toute la rénovation tient dans cet échange.

Couloir traversant sous arche maçonnée dans une maison rénovée à Aulnay-sous-Bois

Beaucoup de maisons ne manquent pas de mètres carrés. Elles manquent de largeur. Et aucune redistribution ne crée de la place là où il n'y en a pas : quand on a posé un canapé de 1,72 m dans une pièce de 4,11 m, il reste 1,98 m pour circuler, et c'est terminé.

Dans ce cas, le plan ne peut plus rien. C'est la coupe qu'il faut regarder.

Quatre mètres cachés par un faux plafond

À Aulnay-sous-Bois, la maison mesure 10,51 m sur 4,11. Un couloir. Mais sous la charpente, il y avait quatre mètres de hauteur, dissimulés depuis des décennies par un faux plafond posé pour des raisons de chauffage — et jamais rouvert depuis.

Rendre cette hauteur visible change la perception de la pièce. En convertir une partie en surface change la maison. C'est ce qui a été fait : une mezzanine, une chambre en dessous, deux pièces là où il n'y en avait qu'une, sans toucher à un seul mur porteur.

État avant travaux : volume en pierre, charpente et sol bruts
Aulnay-sous-Bois (93), avant travaux. La charpente est là, la hauteur aussi. Il reste à décider ce qu'on en fait.

L'escalier décide de tout

Une mezzanine ne s'improvise pas dans 4,11 m de large, parce que l'escalier qui y monte mange précisément la dimension dont on manque. Il a donc été dessiné à part, en coupe, avant le reste : 19 cm de hauteur de marche, 20 cm de giron, 2,60 m de reculement au sol pour 2,64 m à gravir.

Ces trois chiffres sont un compromis. Des marches plus douces auraient été plus confortables et auraient consommé un mètre de plus au sol — un mètre qu'on n'avait pas. Des marches plus raides auraient tenu dans moins de place et rendu l'escalier pénible tous les jours pendant trente ans.

Ce qu'on gagne se lit dans la coupe : 1,72 m de hauteur libre sur la mezzanine, une chambre en dessous à 2,35 m.

La hauteur comme dépense volontaire

L'inverse existe aussi : dépenser de la hauteur là où elle sert. À Coupvray, toutes les pièces de la maison sont à 2,50 m sous plafond. Sauf une — le séjour monte à 3,06 m. Cinquante-six centimètres accordés à la pièce où l'on passe le plus de temps.

Cette décision ne se justifie sur aucun tableau de surfaces. De la hauteur, c'est du mur à monter et du volume à chauffer. Elle se justifie le soir, quand la pièce ne se referme pas sur ceux qui s'y trouvent.

Et quand la hauteur manque aussi

Reste la lumière. Sur une parcelle étroite prise entre deux voisins, la même maison de Coupvray est coupée en deux par un patio planté. Ce n'est pas un geste décoratif : c'est le seul moyen d'éclairer le milieu d'un plan profond et d'ouvrir des pièces sans donner chez le voisin.

On traverse la maison en passant devant l'arbre. Deux fois par jour, pendant trente ans.

Écrit par

Ilhame Feham, architecte HMONP, inscrite à l'Ordre des Architectes sous le n° 084815.L'agence

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