Conception · · 6 min de lecture

Agrandir sans que ça se voie

Dix mètres ajoutés à une maison qui en faisait quinze, et le pari qu'on ne s'en aperçoive pas. Ce que les dessins montrent : mêmes tuiles, même enduit, même module de fenêtre — et deux fenêtres qui n'en sont pas.

Maison de village étendue à Varreddes, vue depuis le jardin

Il y a deux façons de traiter une extension. Assumer le contraste — un volume franchement contemporain contre une maison ancienne — ou disparaître dans ce qui existe. Les deux se défendent. Ce qui ne se défend pas, c'est l'entre-deux : une extension qui essaie vaguement de ressembler à la maison sans y parvenir, et qu'on repère du premier coup d'œil.

Le module de fenêtre, avant la teinte

Quand on cherche la continuité, la teinte de l'enduit compte moins qu'on ne le croit. Ce qui trahit une extension, c'est le rythme : l'écart entre les fenêtres, leur largeur, leur hauteur d'allège. L'œil enregistre une cadence bien avant d'enregistrer une couleur.

À Varreddes, l'extension ajoute 10,10 m à une maison qui en mesurait 15,79. Les tuiles sont notées sur le dessin comme « identiques aux tuiles existantes », l'enduit reprend le même ton pierre à finition grattée fin. Mais le vrai travail est ailleurs : les fenêtres neuves font exactement 1,61 m de large et 1,63 m de haut à l'étage, 2,20 m au rez-de-chaussée. Les mêmes que les anciennes, aux mêmes entraxes.

Deux fenêtres qui n'éclairent rien

Sur cette façade, il arrive un endroit où le programme intérieur ne demande aucune ouverture — un mur de refend, un placard, une cage d'escalier. Si on n'y met rien, la cadence se casse juste avant la jonction, et toute la mise en scène tombe.

La solution dessinée : deux châssis fixes opaques de 90 cm, un en haut, un en bas. Des fenêtres aveugles. Elles n'apportent pas de lumière, elles tiennent la mesure. C'est le genre de décision qui ne se justifie sur aucun tableau de surfaces et qui décide pourtant de l'allure du résultat.

Le seul endroit où le dessin avoue la couture, c'est un joint de dilatation vertical de quelques centimètres entre l'ancien et le neuf. Techniquement indispensable — deux structures d'âges différents ne bougent pas ensemble. Visuellement, c'est une ligne d'ombre, et elle passe pour un choix.

L'inverse : faire plus petit pour s'effacer

À Nanteuil-lès-Meaux, la stratégie est renversée. L'opération divise une maison en trois logements et ajoute une extension sur rue. Les percements de la maison d'origine mesurent 1,14 m sur 1,18. Ceux de l'extension : 98 cm sur 90.

L'ajout a des fenêtres plus petites que la maison qu'il prolonge. C'est ce qui lui permet de rester en retrait alors même qu'il double la longueur bâtie.

Depuis le trottoir, on voit une maison qui s'est allongée. Pas trois logements qui se sont installés. Sur une division, cette différence de perception décide souvent de l'accueil du voisinage — et parfois de l'issue de l'instruction.

Ce qu'il faut décider tôt

  • Contraste assumé ou continuité — le choix se fait à l'esquisse, pas au moment de commander l'enduit.
  • Le module de percement de l'existant : largeur, hauteur, allège, entraxes. C'est la grille sur laquelle l'extension va se caler.
  • La ligne de faîtage et la pente de toiture : une extension qui reprend la pente disparaît, une extension qui en change s'annonce.
  • L'endroit où la couture sera visible, et ce qu'on en fait — joint creux, décroché, changement de matériau.
  • Les matériaux réellement approvisionnables : une tuile « identique » ne l'est que si le modèle est encore fabriqué.

Écrit par

Ilhame Feham, architecte HMONP, inscrite à l'Ordre des Architectes sous le n° 084815.L'agence

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